Chi sa respirare sa ben cantare.
attrib. to Anna Maria Pellegrini Celoni

La respiration appliquée au chant a atteint son apogée il y a presque deux siècles. Elle a évolué de pair avec la nécessité d’accroître l’émission du son, du fait des nouveaux besoins esthétiques dans le domaine dramatique. Le drame, alors en pleine période romantique, exigeait une puissance et une fermeté, dans l’émission du son et dans la respiration, bien supérieures à celles nécessaires jusqu’alors dans les styles vocaux antérieurs.

Il est pourtant habituel de nos jours de rencontrer parmi les maîtres et les élèves, une grande quantité de manières de respirer, qui en plus d’être saugrenues et mensongères, sont anti-naturelles puisqu’aucune d’entre elles ne s’appuie sur les lois physiologiques qui gouvernent l’acte respiratoire. Les résultats sont évidents.

Pour mettre en lumière le ridicule de la situation, il suffit de lire quelques uns des traités ou des méthodes de chant de l’époque dorée et d’observer avec clarté l’unanimité des opinions en ce qui concerne les principes physiologiques qui règlent la respiration. Cela vous sera plus profitable que de vous laisser conseiller par un de ces maîtres alla moderna qui ne parviendront qu’à introduire de la confusion dans votre esprit et à détruire vos facultés vocales.


La respiration dans la théorie

L’action de respirer se fait en deux temps réguliers et rythmés : l’inspiration et l’expiration. La dilatation et la contraction des poumons accompagne respectivement ces deux mouvements. Outre les poumons, le mécanisme respiratoire est constitué du thorax, des muscles intercostaux, de l’abdomen et du diaphragme. Ce dernier, bien qu’il ne participe pas activement à la respiration en état de repos ou lorsque l’on parle, devient un muscle d’importance vitale dans la pratique du chant, puisqu’il agit comme un soufflet grâce auquel le chanteur peut réguler a piacere la quantité et la vitesse de l’air qu’il désire expulser en fonction de la spécificité d’une note.

Cela met en évidence que le fait que le chant requiert une gymnastique respiratoire totalement différente de celle de tous les jours et qui nécessite des mouvements artificiels, irréguliers, et lents. Cette gymnastique exige un effort plus important et une plus grande activité du mécanisme respiratoire. Des qualités aussi primordiales que la fermeté du son et la bonne intonation en dépendent.

À propos des types de respiration selon la science et sa relation avec le chant

Depuis longtemps la science a classé les différents systèmes respiratoires en fonction de la partie de la cage thoracique qui se remplit d’air. S’il s’agit de la partie supérieure, la respiration est dite claviculaire, si c’est la partie du milieu, la respiration est intercostale et si c’est la partie inférieure, la respiration est diaphragmatique. Ces trois systèmes correspondent à une théorie qui, née de l’étude de la respiration naturelle, présente quelques limitations pour la pratique de l’art vocal. Néanmoins, nous analyserons chacune de ces respirations et les relations qu’elles entretiennent, considérant leurs avantages et désavantages.

Respiration claviculaire

Dans ce type de respiration, l’air est retenu dans la région supérieure du thorax, produisant alors des mouvements exagérés de la clavicule, du sternum, des côtes et des épaules, qui reviennent à leur position normale une fois seulement que l’expiration est terminée. Cela est dû au fait que la partie supérieure du thorax ne peut pas emmagasiner l’air inspiré sans générer une grande tension. Ce système, tel qu’il est décrit dans la science n’est en aucun cas admissible dans l’art du chant, puisque la poitrine doit uniquement servir de caisse de résonance du son et de point d’appui de la voix. Elle ne sert jamais de soufflet, elle ne doit donc pas emmagasiner d’air. Dans ce type de respiration, les dimensions de la caisse de résonance sont réduites et le comportement de la trachée comme du larynx est altéré. Le larynx ne peut pas descendre normalement du fait de la grande pression de l’air emmagasiné dans la poitrine, il est coincé. Ce type de respiration fatigue donc énormément lors de l’émission du son, à cause du frottement inévitable que l’air produit sur le larynx et dans la gorge.

Le maître Leone Cav. Giraldoni explique dans son Compendium:

La respiration claviculaire, en plus d’exercer une pression sur les côtes (graduelle jusqu’à la trachée), réduit l’espace de la poitrine et diminue en conséquence la vibration phonique, alors qu’elle devrait seulement jouer un rôle de répercussion du son.

Respiration costale ou costo-diaphragmatique

Dans ce type de respiration, l’air arrive un peu plus bas et se loge au milieu du thorax et de l’abdomen. Les épaules restent immobiles et la partie inférieure de l’abdomen, où se trouve le diaphragme, ne participe presque pas. On observe seulement un léger gonflement des côtes. Ce système est très utile quand le chanteur a besoin d’inspirer rapidement. Cette respiration a été nommée dans la pratique courante respiration in tempo rubato. Dans cette partie, entrent en jeu autant les demi-respirations que les quarts de respiration, qui consistent en une prise d’air très brève, et en une expulsion par contre plus longue. L’inspiration doit remplir rapidement toute la cage thoracique et l’expiration doit se faire avec la plus grande lenteur, régulant le volume de l’air de manière à ce qu’il soit toujours uniforme jusqu’à la fin du souffle expiratoire.

Respiration diaphragmatique

Tous les grands maîtres de l’art mélodique recommandent ce type de respiration car elle présente de grands avantages pour l’émission du son auquel elle apporte fermeté et assurance dans l’intensité, le volume, le timbre et la justesse. La respiration diaphragmatique est ainsi nommée car elle repose uniquement sur le diaphragme qui se charge d’expulser l’air et de maintenir la colonne du souffle expiratoire. Grâce à elle, on peut effectuer les plus grands fiati, ainsi que des sons plus riches et robustes. C’est ce type de respiration qui permet en effet d’emmagasiner la plus grande quantité d’air, selon les limites naturelles de chaque individu.

Dans son Compendium, le maître Leone Cav. Giraldoni écrit: 

Le diaphragme, muscle sur lequel sont posés les poumons, agit sur la respiration comme un soufflet sur l’orgue. Son importance est telle que certains physiologistes n’ont pas hésité à affirmer que le chant n’est rien d’autre qu’une gymnastique de la respiration. Seul le chanteur qui a attentivement étudié la respiration diaphragmatique peut apprécier ses grands avantages. J’ai utilisée cette respiration tout au long de ma longue carrière théâtrale, et maintenant encore, je la défends et la mets en pratique dans mon école. Mandl, le célèbre docteur hongrois qui a mené des études sur la voix humaine, recommande cette respiration, tout comme Mackenzie, Lavoix, Benke, et tous ceux qui ont étudié leur application et les bénéfices qu’elle procure dans l’émission du son.

À propos des systèmes de respiration je veux ajouter, pour conclure, qu’on ne doit jamais essayer de limiter la prise d’air à une seule partie du thorax. Il est  en effet impossible dans la respiration intercostale que la partie basse de l’abdomen ne participe pas, même de manière minimale. Il faut plutôt dire qu’il est indispensable de concentrer son attention sur la quantité d’air prise, sans le violenter ni le diriger au moment de l’inspiration, et parvenir ainsi à une respiration naturelle à laquelle prennent part tous les muscles de manière équilibrée.

À propos de la respiration et de sa relation avec l’émission du son

On arrive à une conscience, une maîtrise et une maestria de tous les organes qui participent des phénomènes inspiratoires et respiratoires, seulement quand ils s’unissent pour émettre un son. Le bon fonctionnement de la respiration se transforme en une nécessité et en une conséquence et le chanteur novice comprend rapidement les sensations. Il est de toute manière nécessaire de pratiquer une gymnastique respiratoire indépendante (exercices muets) dans le but d’amplifier, d’intensifier et de fortifier les poumons, la poitrine et en particulier le diaphragme.

L’artiste qui, grâce à la pratique, est persuadé des grands avantages de cet entraînement respiratoire pour l’émission du son et même pour la santé en général 1, devra s’exercer tout au long de sa carrière, de la même manière qu’il entretient ses facultés mélodiques.

La respiration dans la pratique

J’aimerais souligner l’importance de la puissance et de l’entraînement physique dans l’exercice de l’art du chant. Nous ne devons pas oublier que notre corps est tout instrument et que nous dépendons de son entière disposition pour l’exercice du chant.2 C’est pourquoi je recommande la pratique régulière d’exercices cardiovasculaires et de tonification musculaire ainsi que de bonnes habitudes alimentaires et de sommeil.3

Préparation aux exercices respiratoires

Il est important de préparer son corps lorsque l’on fait ses exercices de respiration, c’est pourquoi je recommande d’adopter une brève routine d’échauffement qui peut être composée de mouvements de ballet, de postures de yoga ou de toute autre discipline qui fait travailler les grands groupes musculaires sans négliger la posture et sans altérer excessivement le flux respiratoire.

Les exercices de respiration devraient toujours être effectués avec le dos droit, les épaules vers le bas et en arrière, les genoux légèrement fléchis, le bassin au centre et les bras détendus sur les côtés de notre corps.

Exercices introductifs

Dans le but de fortifier la poitrine et le diaphragme par la régulation de leurs mouvements, de comprendre les phénomènes de l’inspiration et de l’expiration et de nous préparer à l’entraînement de la respirazione diaframmatica et de la respirazione in tempo rubato, je propose les exercices suivants :

  1. Inspirer lentement par le nez et ensuite exhaler librement par la bouche.
  2. Inspirer librement par le nez et ensuite exhaler lentement par la bouche.
Recommandations et précautions

Au cours de ces exercices, la bouche ne doit jamais bouger dans le but d’accompagner le mouvement de l’air. Elle doit au contraire rester légèrement ouverte et sans aucun type de tension, le maxillaire inférieur tombant de son propre poids de manière naturelle.

Les inspirations doivent toujours être calmes, profondes et silencieuses, et remplir toutes les cavités sauf la zone du sternum.4

L’air doit être inspiré de manière régulière et proportionnelle au temps de l’inspiration.

En cas de vertige, faite une petite pause et reprenez l’exercice une fois seulement que le malaise a complètement disparu. Cet effet disparaîtra avec le temps, une fois installée notre routine respiratoire.

Respirazione diaframmatica

Avec la pratique de ce type de respiration, la capacité respiratoire va se développer et s’amplifier, permettant ainsi d’atteindre de longs souffles.

En moyenne, au repos, nous respirons 18 à 22 fois par minute. L’objectif de ces exercices préparatoires, est de réduire la quantité de respirations jusqu’à n’en produire que 4 ou 5 seulement ; et à mesure que nous acquerrons une plus grande élasticité de la cage thoracique et de ses auxiliaires, nous pourrons essayer d’arriver à 3 par minute. Cet exercice requiert une ouverture indispensable de l’isthme afin que l’air passe sans rencontrer aucun obstacle. Dans le cas contraire, les muscles de la respiration sont gênés, et cela crée ainsi une fatigue importante du diaphragme qu’il est nécessaire d’éviter.

Vous trouverez plus bas un tableau pour l’exercice de la respiration diaphragmatique. Cette routine d’exercices est progressive, je recommande donc de ne pas dépasser les limites de vos forces. L’important est de faire ces exercices tous les jours afin de gagner en force et en endurance presque par inadvertance.

Dans la même position que celle des exercices introductifs :

  1. inspirez par le nez et la bouche en même temps de manière calme, profonde et absolument silencieuse, remplissant toutes les cavités. Lors de cette action, la poitrine se gonfle et se dilate.
  2. expirez par la bouche en relâchant l’air très lentement, et formez ainsi une colonne d’air continue et douce.5
Recommandations et précautions

Au cours de ces exercices, la bouche ne doit jamais bouger dans le but d’accompagner le mouvement de l’air. Elle doit au contraire rester légèrement ouverte et sans aucun type de tension, le maxillaire inférieur tombant de son propre poids de manière naturelle.

Les inspirations doivent toujours être calmes, profondes et silencieuses. L’air doit être pris de manière régulière et proportionnelle au temps de l’inspiration.

Il est important de s’aider d’un métronome pour respecter scrupuleusement la durée des inspirations et des expirations que je propose. Il s’agit là d’une condition fondamentale pour l’entraînement progressif de ce type de respiration. Les temps de repos doivent également être respectés pour éviter tout type de fatigue et, en conséquence, assurer la bonne continuité des exercices.

En cas de vertige, faite une petite pause et reprenez l’exercice une fois seulement que le malaise a complètement disparu. Cet effet disparaîtra avec le temps, une fois installée notre routine respiratoire.

Il faut donner au corps un temps d’adaptation et attendre que les muscles s’habituent à la nouvelle gymnastique respiratoire avant d’essayer de réduire le nombre d’inspirations par minute.

InspirationExpirationCycles completsTemps totalRepos
4”4”162’8”30”
5”5”183′30”
4”8”153′1′
4”11”123′30”
5”15”93′1′
5”25”63′
Respirazione in tempo rubato

En s’exerçant à ce type de respiration, on entraîne la capacité à inspirer rapidement, ce qui est indispensable pour les demis et quarts de respirations. On entraîne également l’habilité à savoir distribuer l’air en pression et volume lors de l’expiration de manière continue.

Voici ci-dessous un tableau pour s’exercer à la respiration in tempo rubato. Cette routine d’exercices est progressive, je recommande donc de ne pas dépasser les limites de vos forces. L’important est de faire ces exercices quotidiennement afin de gagner en force et en endurance presque par inadvertance.

Dans la même position que celle des exercices introductifs:

  1. inspirez rapidement par le nez et la bouche en même temps pendant une seconde en remplissant toutes les cavités.
  2. expirez  lentement par la bouche en régulant le volume de l’air de manière toujours régulière pendant le temps indiqué dans le tableau et jusqu’à la fin du mouvement respiratoire.
Recommandations et précautions

Au cours de ces exercices, la bouche ne doit jamais bouger dans le but d’accompagner le mouvement de l’air. Elle doit au contraire rester légèrement ouverte et sans aucun type de tension, le maxillaire inférieur tombant de son propre poids de manière naturelle.

Dans ce type de respiration, l’inspiration doit être silencieuse. Il faut éviter tout type de bruit que l’on fait généralement en inspirant précipitamment, la gorge contractée et étroite. Faites bien attention à cela tout au long de l’exercice car la brièveté du temps imparti pour effectuer les inspirations fait que l’on prend facilement cette très mauvaise habitude.

Il est important de s’aider d’un métronome pour respecter scrupuleusement la durée des inspirations et expirations que je propose. Il s’agit là d’une condition fondamentale à l’entraînement progressif de ce type de respiration. Les temps de repos doivent également être respectés pour éviter tout type de fatigue et, en conséquence, assurer la bonne continuité des exercices.

En cas de vertige, faite une petite pause et reprenez l’exercice une fois seulement que le malaise a complètement disparu. Cet effet disparaîtra avec le temps, une fois installée notre routine respiratoire.

Il faut donner un corps un temps d’adaptation et attendre que les muscles s’habituent à la nouvelle gymnastique respiratoire avant d’essayer de réduire le nombre d’inspirations par minute.

InspirationExpirationCycles completsTemps totalRepos
1”9”183′1′
1”14”123′1′
1”19”93′1′

Pour conclure

Le chant est un art qui exige la maîtrise de moyens techniques nombreux et variés et un des outils fondamentaux que le chanteur doit savoir manier est celui de la respiration. Une bonne pratique et un bon entraînement respiratoire permettent de développer la technique vocale dans toute sa plénitude.

L’histoire du chant et la tradition qui en découle nous indiquent le chemin à suivre. Cela n’a aucun sens de renier cet héritage, il faut plutôt se servir de l’expérience de ceux dont nous devrions nous souvenir aujourd’hui comme de véritables prodiges de cet art.

Article original de Luca D’Annunzio.


1 Parmi les bénéfices que l’entraînement respiratoire apporte à la santé, on trouve: une plus grande fermeté et vitalité ainsi qu’un volume de tous les organes participants. En particulier les poumons, les bronches, la poitrine et le diaphragme ; une plus grande oxygénation de notre corps qui bénéficie grandement à l’activité neuronale et sanguine ; l’élimination des toxines.

2 Toute personne en cours d’études saura que la voix se dégrade facilement autant du fait de son abus dans d’autres fonctions moins subtiles comme la parole que du fait de la fatigue physique, intellectuelle et même émotionnelle.

3 Parmi toutes les gymnastiques cardiovasculaires, celle qui s’adapte le mieux à notre art est la natation car cette activité permet de développer, d’une part les organes spécifiques de la respiration et d’autre part, la masse musculaire et la vigueur de tout le corps et ce, de manière harmonieuse  et sans créer de tension dans les articulations. La pratique de la natation permet de conserver intacte l’élasticité physique, condition indispensable pour un artiste mélodramatique. Je recommande également les exercices de natation sous-marine car ils apportent des bénéfices bien connus en ce qui concerne le maniement de l’air et le renforcement des poumons. La danse classique est une autre discipline de premier ordre pour ceux qui veulent se consacrer sérieusement à l’art mélodramatique. Elle apporte non seulement un entraînement rigoureux et efficace pour tout le corps, mais elle modèle aussi de manière extraordinaire la posture et le bon goût.

4 À Ceux qui rencontrent des difficulté à effectuer les inspirations sans l’aide de la partie supérieure de la poitrine et élèvent le sternum, je conseille de faire ces exercices couchés sur un sol dur pendant un temps, en essayant de faire le lien entre cette position et notre respiration habituelle quand nous dormons, quand le sternum ne participe alors pas au mécanisme respiratoire.

5 De nombreux maîtres de chant de l’âge d’or comme Manuel García, Francesco Lamperti, Salvatore Marchesi, entre autres, conseillaient de faire ces exercices devant une bougie allumée pour mieux se rendre compte de la qualité du souffle. Celui-ci doit rester imperturbable et dans le cas contraire, la flamme rapetisse, oscille et si le souffle est trop fort, elle pourrait même s’éteindre.